Oui Rosa, le temps passe, et si vite, ...
Non Rosa, je n'ai pas vraiment déserté, mais souvent ces pages m'avaient servi d'exutoire pour libérer des maux autant que des mots.
Je crois que j'ai eu besoin de prendre mes distances de ce moi-là.
Mais me revoilà.
Je suis là.
Naturella
Aujourd'hui, c'est l'automne.
D'habitude, cette journée me laisse presque triste de devoir laisserl'étés'en aller, et le soleil.
Mais pas aujourd'hui.
Une douce chaleur envahit encore le jardin, les framboises mûres attendent qu'on les cueille, elles se dégusteront en crumble avec quetsches et bananes.
Mon esprit et mon corps apprécient ce jour comme jamais et un sourire semble s'éterniser sur mes lèvres.
Ce n'est pas seulement à cause de cette fin d'été.
La thérapeute m'a dit ce matin que je pouvais suivre ma route sans elle, qu'enfin j'avais libéré mon esprit de cette agression, que j'en sortais différente, certes, mais peut-être plus ancrée sur
le chemin de ma vie et de mes envies.
Oui, cette sensation de paix, je la mesure depuis quelques temps.
C'est bien. Tout cela est définitivement derrière moi.
Je suis une survivante.
La rentrée s'est bien passée.
La classe était prête pour recevoir mes 31 loustics, rangée au cordeau, affichages sympas, bureau en position de surveillance, tableau vert sapin trop propres.
Et en quelques minutes, ils étaient là. Bras croisés, plutôt sagement assis.
Nous avons passé en revue tous les réglements et autres papiers obligatoires. Avec en plus cette année, la brochure pour la grippe H1N1.
Bon. D'accord, il faut le faire. C'est le ministère qui l'a dit.
Les enfants ont d'ailleurs tant et plus de questions à poser à ce sujet.
- On meurt à quelle vitesse si on attrape la grippe-là ?
- Maman a dit que je dois plus toucher mes copines. Et si je fais pas essprès ?
- On pourrait se faire un salut au lieu de se faire le bisou le matin ? (Ah oui, j'ai entendu que dans certaines maternelles, on avait opté pour le salut Indien "Hug"...)
- Il faut vraiment se laver les mains pendant 30 secondes parce que c'est trop long moi je trouve !
- oui mais c'est moins long que les dents !
...
A la récréation, Gustave vient me voir l'air soucieux.
" - Maîtresse, je crois que j'ai la grippe que on a parlé ce matin.
- Ah bon, Gustave, et dis-moi, pourquoi tu crois ça ?
- Ben, j'ai la tousse, j'ai mal à la tête, j'ai la gorge qui gratte, et mon nez coule, j'ai mal partout aussi !
- Est-ce que tu as de la fièvre Gustave ?
- Ah ben non !
- Bon alors tout va bien, c'est un petit rhume !
- Dommage, je serais bien resté à la maison, moi ...
Et mon Gustave s'éloigne, l'air très déçu ! Il faut dire qu'il n'aime pas l'école, et qu'un très grand baobab lui pousse dans la main ... =)
Nous, les profs, dans la cour, on s'est dit qu'on l'avait échappé belle ! Parce que si la grippe se déclare, il faudra isoler l'enfant tout en le gardant dans un endroit clos avec un adulte pour le
surveiller. Sans masque. Bien sûr, ils ne sont pas fournis.
Alors la question s'est posée :
Dans l'équipe pédagogique, qui allons-nous sacrifier à la grippe ??? =)
Je me souviens d‘une stagiaire qui était venue pour quelques jours dans ma classe. Mince et élancée, assez grande, plutôt
jolie (enfin pour moi, je ne suis peut-être pas apte à juger les filles, bref ...).
Quand je reçois des stagiaires, je fais toujours un entretien au préalable. Histoire de savoir ce qu’ils doivent faire comme séances pour leur profs d'IUFM, mais aussi pour qu’ils sachent ce que
j’attends d’eux dans ma classe.
A la fin de l’entretien, cette jeune femme me dit qu’elle est fille d’instit et que notre beau métier n’a plus de secret pour elle. Soit. Je crois, moi, qu’on apprend tous les jours des choses
nouvelles, même en étant diplômée. Bon, passe. La vie se chargera bien de lui faire comprendre tout ça.
Je lui demande son e-mail afin de lui envoyer des renseignements et des consignes de travail.
Et elle me déclare : « doudounette_pépette@truc.fr »
Je reste la bouche ouverte, j’ai très envie de rire, et par peur d’avoir mal compris, je lui demande de répéter. Ce qu’elle fait : « doudounette_pépette@truc.fr »
Non, non, j’avais bien entendu !! Et là, j’explose de rire, intérieurement bien sûr.
Ça ne fait pas du tout adulte « doudounette_pépette » ! Surtout quand on prétend tout savoir d’un métier avant d’être diplômée.
La maison est silencieuse. Les allers et venues des enfants à l'étage ont cessé depuis belle lurette. Par la fenêtre
entrouverte, on entend gronder l'orage. Le vent s'est levé, une douce fraîcheur envahit la pièce. Quelques éclairs illuminent la chambre. Peu de temps après, la pluie tambourine à grosses gouttes
sur la fenêtre de toit.
Je compte les secondes pour essayer de savoir où se trouve cet empêcheur de dormir en rond. Comme toujours, une sourde angoisse m'envahit. Je n'aime pas les orages.
Dans mon lit, je tourne et me retourne. Impossible de fermer l'œil. Je me relève tant bien que mal et clopine jsuqu'à la chaîne pour mettre en marche un peu de musique relaxante. Ce n'est qu'à ce
prix-là que je pourrai m'endormir. L'effet n'est pas immédiat mais au moins je suis plus calme.
Je pense à mon jardin desséché qui doit se réveiller sous les gouttes, je pense à la fraîcheur de l'air qui fait du bien, je pense à la journée de calme qui m'attend demain, je pense aux balades
que je ferais bien, mon esprit s'évade dans un coin de nature... mes yeux se ferment.
L'orage gronde toujours...
Le soleil dardait des rayons particulièrement costauds, faisant transpirer tout un chacun plus que de coutume malgré
l’heure matinale. Maîtresse Naturella avait béquillé avec joie vers son lieu de travail, lieu salvateur où aucun canapé ni aucune télé avec programme idiot ne la menaçait.
Dans la salle des maîtres, la photocopieuse délaissée semblait s’ennuyer terriblement. Les maîtres et maîtresses, détendus et souriants, restaient assis à papoter avant l’arrivée de leurs élèves.
L’ordre du jour était détente, jeux, discussions et dessins libres.
C’était le dernier jour de classe.
Maîtresse Naturella était ravie de ce jour sans préparation de cours ou de cahiers à corriger, mais elle appréhendait la fin de ce temps un peu spécial. Elle savait que la fin de journée serait
forte en émotions, qu’il faudrait quitter ses élèves de CM2 pour les laisser voguer vers de nouvelles aventures, qu’il faudrait laisser partir ces mini-ados vers leur nouvelle vie de futurs
sixièmes.
La journée se passa à jouer à des jeux de société. Maîtresse Naturella gagna à plusieurs jeux (yes !), signa des tonnes d’autographes, laissa des messages en anglais, en français, en sms, en
smiley, donna son adresse mail pour rassurer de petits inquiets, dessina, chanta un peu, béquilla beaucoup dans les escaliers pour descendre en récré.
Puis vint le temps des discours. Elle offrit à chacun de ses élèves un livre, en souvenir de cette belle année partagée. Elle reçut de magnifiques fleurs, des cadeaux qui la touchèrent beaucoup.
Déjà l’émotion était palpable chez certains. De petites mains essuyaient furtivement des larmes, des bouches qui voulaient sourire grimaçaient plutôt, et l’on sentait la fuite du temps en avant.
(Il ne passe jamais plus vite que lorsqu’on voudrait qu’il s’arrête...)
La sonnerie retentit, il fallut forcer les enfants à sortir de la classe, descendre dans la cour, se dire au revoir. Les larmes coulaient à flots, rougissant les visages, des sanglots bruyants
empêchaient de parler. Maîtresse Naturella commençait à croire qu’elle aussi allait craquer ! Elle eut les yeux mouillés c’est sûr, embrassa ses ouailles avec plaisir et les regarda s’éloigner en
se disant que, décidément, elle n’aimait pas les fins d’années tant que ça.
Heureusement, quelques bulles dans un verre lui redonnèrent le sourire, elle rit avec ses collègues, discuta beaucoup, mangea beaucoup trop, eut le droit à un chevalier servant rien que pour elle
qui la bichonna pour qu’elle ne manque de rien (merci gentil chevalier ☺ ) et passa un très chouette moment.
Enfin rentrée chez elle, il lui fallut un peu de temps pour arriver à dormir. Les images défilaient encore devant ses yeux, et elle voulait ressentir encore tous les plaisirs de cette journée.
Elle savait que demain, elle aurait le blues.
Elle savait que dans moins de deux mois, elle recommencerait ce cycle d’une année scolaire, long et si court à la fois.
Quelques nouvelles !
Je vais bien, déjà 3 semaines d'écoulées et encore 3 semaines de plâtre. Je tiens le coup, le moral aussi.
Une petite photo de mon nouveau plâtre, en résine, donc plus léger, et qui résiste encore et toujours aux tags que voudraient me faire mes élèves !
J'ai repris le boulot depuis 2 semaines déjà, et j'en suis ravie. Les collègues sont sympas et s'occupent de monter et descendre les élèves dans les escaliers, faire mes surveillances de récré
...
Je n'ai pas arrêté le chant, concert bientôt ; pour le moment, je cherche encore dans quelle position je vais chanter. Assise, debout, semi-assise, genou sur un tabouret, ... bref de quoi
m'occuper ^_^
Merci de vous inquiéter de ma santé !
je vous embrasse
Naturella
Réunion de répartition des classes pour la rentrée 2009 à l’école GUSTAVE.
Directeur : Chers collègues, nous avons une grosse cohorte de CP qui arrivent et pour l’année qui vient, nous aurons 3 CP de 24 élèves, plus encore
quelques autres, ce qui va nous forcer à faire des cours doubles sur les autres classes.
(Les cours doubles, c’est pas la panacée, mais bon il va bien falloir faire avec... soupir)
Directeur : Comme je suis directeur, je garde un des CM2 et je propose à chacun de donner son avis et d’émettre un souhait sur le niveau qu’il
souhaiterait avoir.
Mme Truc-Muche : Pour moi, ce n’est pas compliqué, j’ai le CM1 dans la classe bleue depuis près de 20 ans et il n’est pas question que je
change.
Directeur : Oui mais pour cette année, il y aussi Mr Bidule qui souhaite avoir le CM1, donc il va falloir discuter avec lui.
Mme Truc-Muche : Il n’y a rien à discuter, je suis la plus ancienne dans l’école, donc c’est pour moi. En plus, je ne veux pas aller dans une autre
salle de classe, je n’aime que le bleu. Les autres couleurs ne me plaisent pas. Et je n’aime que le CM1, donc c’est tout vu.
Naturella : (toujours prête à ramener sa fraise quand il ne faut pas ...) Je ne suis pas d’accord avec vous Mme Truc-muche. L’essentiel de notre
métier de professeur des écoles est basé sur la polyvalence, que ce soit sur les niveaux de classe ou sur les disciplines à enseigner. Que je sache, vous avez un diplôme comme le mien et il n’est
pas indiqué que vous êtes diplômé du CM1 !
En outre, vous avez oublié qu’il y a des enseignants à qui on ne demande rien, ni s’ils aiment ou pas le bleu, ou s’ils préfèrent le CM1, quand ils arrivent dans de nouvelles écoles. !!
Mme Truc-Muche : Naturella, vous êtes méchante !
Naturella : Non, Mme Truc-Muche, juste réaliste.
NDLR : et encore, je ne vous raconte pas comment Mme Truc-Muche a claqué la porte ensuite parce que, dans sa liste de nouveaux élèves, il y avait
deux élèves en grande difficulté et qu’elle n’en voulait pas. Trop compliqué de faire du travail personnalisé pour deux enfants. C’est à se demander ce qu’elle peut bien enseigner à ses élèves.
Sans doute de vieux cours, écrits il y a 20 ans, et jamais remis au goût du jour ....
Il y a des jours comme ça, où j’ai vraiment honte d’être enseignante avec ces gens-là.
Quelques-uns d’entre vous, sûrement bien intentionnés, je n’en doute pas, m’ont proposé de refaire ma culture
télévisuelle défaillante.
J’en ai donc pris note et ai tenté de profiter de ce temps de repos forcé pour regarder de belles émissions à la télévision.
8H00 : France 5 : Bob l’éponge se bat avec une serpillière en débitant des dialogues stupides élaborés par un gars qui devait sacrément s’ennuyer pour inventer un dessin animé aussi ringard.
Je zappe.
9H00 : France 2 : Sophie Davant vante les mérites du pouf « suppositoire ». Incroyable ! Une sorte de suppositoire
vert anis sur pieds métalliques et dont l’assise molle permet de suivre vos mouvements. Idéal pour le dos, nous dit-on. Sophie Davant se trémousse dessus, mon dieu la pauvre, on dirait qu’elle a
des hémorroïdes terribles ... enfin, de toute façon, les suppositoires, c’est le mieux pour les hémorroïdes que pour le dos. Je zappe.
10H00 : NT1 : Téléshopping ... Mister T, très amaigri, fait de la figuration aux côtés d’une américaine typique
style Barbie, et qui vante les mérites d’une sorte de cuit-tout-vapeur-four-combiné absolument révolutionnaire. On met les aliments dedans, congelés, et le four transforme tout en un plat très
appétissant (images accélérées à l’appui). Mister T se lèche les babines et ne tarit pas d’éloges un rien surjoués ... Je zappe !
11H00 : France 2 : MOTUS : un jeu de mots. Renée et Josiane sont aux commandes. Il faut trouver des mots de
7 lettres. Allez c’est parti, Josiane se lance : FARIBOLE. 8 lettres. Perdu, il faut passer la main à l’autre équipe.
L’animateur sourit gentiment en disant :
« - Allez Josiane, pas de stress, je vous rappelle qu’il faut trouver des mots de 7 lettres ! Vous connaissez bien l’émission pourtant ?
- Ah ben non, répond Josiane, c’est Renée qui m’a traînée ici. »
Et toc, prends ça dans les dents. L’animateur rit.... jaune ... c’est beau la culture. Je zappe.
12H00 : M6 : La petite maison dans la prairie. Charles Ingalls ne coupe plus de bois, il a déménagé et c’est une
nouvelle famille qui habite la petite maison de bois. ils sont trop blonds et trop beaux pour être vrais. La maman est une journaliste qui a renoncé à la grand ville pour habiter Walnut Grove et
vivre dans une cabane... C’est beau la télé ... ça y est je pleure... la petite maison dans la niaiserie, ça me fait toujours ça.
Je ferme la télé. Demain, je m’y mettrai l’après-midi, ce sera peut-être mieux. Ah oui j’oubliais, Derrick n’officie pas
quand il y a Roland Garros . C'est bien dommage !
Week-end fabuleux en touraine, petit château, verdure, amitié et .... pied cassé !
Vilain caillou.
Bilan : 6 semaines de plâtre.
Ça ne fait que deux jours et je m'ennuie déjà terriblement ...
Heureusement il y a les copines et les copains qui viennent ou qui appellent, merci les copines et les copains !!
passages