Lundi soir, 16H45.
La classe à peine terminée, je récupère mes dossiers, retrouve mes deux collègues de CM2, et nous voilà filant vers un des collèges de secteur où iront certains de nos élèves l'année prochaine pour leur 6ème. En effet, nous avons rendez-vous pour une réunion d'harmonisation CM2-6ème.

Ces réunions permettent la transmission de quelques données sur les élèves ainsi que de leur dossier complet : difficultés, séparations entre enfants qui ne se supportent pas, inscription en classes bi-langue, nécessité d'aide ou de prise en charge spéciale, problèmes médicaux d'ordre scolaire, ... Pour une classe de CM2, il n'est pas rare d'assister à plusieurs réunions de ce type dans une même semaine, car nos élèves se répartissent sur plusieurs collèges en fonction de leur adresse d'habitation. (c'est la fameuse carte scolaire).
Ce sont des réunions importantes où le travail que nous avons fait au primaire est transmis au collège. C'est un moment important où le contact s'établit entre deux équipes qui travaillent dans le même sens, pour le bien des enfants et pour leur avenir. Et aussi parce que le contact est gardé pour l'année suivante, lorsqu'on nous renvoie les résultats des évaluations d'entrée en 6ème de nos élèves. Cela nous permet de faire évoluer nos pratiques.

Arrivée au collège à 16h55, nous patientons dans le couloir, d'autres instits arrivent, ceux des autres écoles primaires dépendant aussi de ce collège. A 17h00, le proncipal nous fait entrer, et nous nous installons. La salle est flambant neuve, tables et chaises élancées, design impeccable. Pourtant, je ne sais pas, je ressens comme un drôle de sentiment. Le principal adjoint se confond en sourires et poignées de main comme s'il saluait des vieux potes, tout le monde se regarde. Et je comprends enfin pourquoi :  Instinctivement, et très grégairement, tous les enseignants du primaire se sont groupés vers la droite des tables disposées en U. Au centre, le principal et son adjoint. A gauche, une personne, une femme, en tenue de sport Adidas et baskets, les cheveux en bataille, un sourire gêné sur ses lèvres. Elle est seule, nul autre professeur ne l'accompagne.
La porte s'ouvre, entre la conseillère principale d'éducation. Elle est en débardeur, ses cheveux souples sur ses épaules, jolie comme un coeur. Elle se glisse aux côtés du principal et lui lance un regard interrogateur. Il prend alors la parole : " Je suis très heureux de vous rencontrer. Vous étrennez une salle toute neuve dont nous sommes assez fiers. N'est-elle pas magnifique ? " puis changeant de sujet : "Ces réunions sont primordiales dans la prise en charge des élèves et je suis ravi de vous voir tous ici prendre cela très à coeur. Nous allons faire un tour de table pour nous présenter."
Tour de table donc.
Et il laisse sa pauvre collègue ésseulée galérer : " Je suis Mme Machin-chouette, professeur de sport. Je suis désolée de voir que je suis la seule à être venue ce soir."
Le principal adjoint prend alors la parole : " Oui c'est vrai que peu de professeurs sont venus ce soir. Il faut les excuser mais ils ont beaucoup de travail en ce moment, et puis, " fait-il la voix toute tremblante " nous avons dû envoyer les convocations un peu trop tard..."
Et c'est là que la réunion tourne au vaudeville : entre l'inspectrice de notre circonscription, venue assister à la réunion elle aussi. Rapidement, ses petits yeux font un tour de la situation et elle s'asseoit.
Le principal : " Je peux savoir qui vous êtes ? Mme ...?"
L'inspectrice : " Je suis Mme Truc-Muche, inspectrice de l'éducation nationale et je suis responsable du secteur de votre collège. Me permettez-vous une petite remarque ?"
Le principal (gêné) : " Mais je vous en prie."
L'inspectrice : " Je suis assez satisfaite de voir que tous les enseignants de ma circonscription ont répondu présent à cette réunion, y compris les personnes travaillant à mi-temps. On ne peut manifestement pas en dire autant de votre côté."

Et pan !!!!

Juste une petite remarque au passage avant de vous laisser finir cette lecture. La semaine précédente, nous avions assité à une réunion dans un collège réputé difficile, et le banc des professeurs était complet, y compris avec des professeurs stagiaires qui étaient venus voir comment fonctionnaient les choses.
Ce jour-là, dans la salle flambant neuve, nous étions dans un collège-lycée réputé sans problèmes dans notre ville, dans un quartier plutôt huppé.
Faut-il y voir un signe ?
Que de malaises dans l'éducation nationale.... Moi j'attends celui qui aura les C... de changer les choses qui ne vont pas, et je l'attends avec impatience.
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