8h30. Julien a accroché ses deux bras autour de la poignée de la porte d'entrée. Il pleure et ne veut pas entrer dans le bâtiment. Impossible de le décrocher. Pourtant, on ne peut pas dire qu'il soit épais le petit bonhomme. C'est Spiderman qui nous sauve. Son petit fan accepte de me montrer ses crayons et de monter faire ça dans la classe. Ouf !
"Et on va à la chorale, là ? " me serine Benoît depuis déjà la 55ème fois en 1/2 heure. Il est 9h00, je prends tout juste mes fonctions de maîtresse de CLIS. Mes 6 élèves sont arrivés, et déjà, je ne sais plus où donner de la tête. Ils prennent jeux et jouets, les regardent puis les délaissent en quelques minutes, les abandonnant ça et là, sans plus s'en soucier, les mélangeant allègrement. Benoît embête et pince Nolwenn qui hurle de sa voix très rauque. Amalia voudrait faire de l'ordinateur mais Arnaud l'étrangle pour prendre sa place. Yvan chantonne à tue-tête "pue des pieds, pue des pieds" sans s'arrêter. Tout ce petit monde tourne dans tous les sens, je décide donc de faire un regroupement. Heureusement qu'Anita est là. Anita, c'est l'auxiliaire de vie scolaire ou AVS. Elle est présente une partie de la journée pour m'épauler avec les 6 zigotos. Et franchement, je suis rassurée de la savoir avec moi. Le regroupement est un fiasco. J'ai dû mal à comprendre ce que me disent mes petits élèves. Quelques mots écorchés ressortent tout de même lorsque je leur demande de me raconter leurs vacances. J'embraye sur quelques travaux simples, enfin que je croyais être simples : coller un petit mot d'information dans le cahier de liaison, faire un dessin.
Nolwenn n'arrive pas à faire sortir la colle de sa bouteille et cherche à déboucher le tout avec ses dents, Yvan encolle le côté écrit avant même que j'ai eu le temps de dire ouf, Amalia s'en sort comme un chef,  et Benoît mange la colle sortie de son pot et me regarde droit dans les yeux en me disant : "Tu m'aimes maîtresse ? Même quand je fais des bêtises ?" Julien ne veut rien faire. Selon lui, il n'a pas changé d'école pour travailler dans la nouvelle. 
10h15. La récré !! Je crois pouvoir souffler un peu. Mais non. A peine arrivé, Arnauld a saisi une petite fille du CP, la porte en l'enserrant puis la retourne tête en bas. La petite hurle. Misère, pour un premier jour de CP, ça ne va pas être un bon souvenir... Grondé, Arnaud court se réfugier dans les toilettes des filles et grimpe tout en haut d'une porte. Je le fais redescendre manu militari, en priant pour que la récré se termine vite... Pendant ce temps, Julien s'est enfui, il a préféré aller chercher son sac pour rentrer chez lui. Nous le retrouvons heureusement à l'étage.
Pour terminer la matinée, nous jouons à des jeux de motricité. Le repas de midi est salvateur pour moi, pas pour Anita, qui prend son repas avec les enfants.
L'après-midi est pire... je n'arrête pas, enfin, nous n'arrêtons pas pour être précise. Je passerai les détails. A 16h30, je rends les enfants à leurs éducateurs, ils me serrent dans leur bras et m'embrassent comme du bon pain en me disant qu'ils m'aiment. Benoît en profite pour me pincer violemment la main. Le directeur m'apprend que je devrai les emmener à la piscine bientôt... La titulaire me téléphone gentiment pour prendre de mes nouvelles. Je n'ose pas lui dire que je n'en peux plus...

Heureusement, je n'ai pas cette classe à temps complet, j'ai besoin d'un peu de temps pour m'y faire. C'est déroutant, amusant, attristant, étonnant, c'est un tout autre monde que celui que je connais. C'est un microcosme où la logique et la pensée d'adulte n'ont pas cours. Et pourtant, il faut arriver à l'y faire entrer, c'est un sacré challenge avec ces six enfants différents...
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