Samedi matin, -2°C, neige et glace, le ciel est bas et blanc, il va sûrement neiger. Il est 8h20 et je prends possession de la cour de l’école parce que je suis « de surveillance » comme on dit chez les instits. Les enfants commencent à arriver, accompagnés par les papas pour beaucoup, parce que le samedi matin, c’est souvent le jour des papas, étant donné que pour la plupart, ils ne travaillent pas ce jour-là.

La cour de l’école ne possède que 2 entrées : un très grand portail qui reste ouvert la nuit pour que la cour puisse devenir un parking public, et un petit portillon pas très large qui ne laisse passer que une personne et demi à la fois. Entendez un adulte et un enfant, ou deux enfants, ou un chien et une personne, ….

Je me poste près du portillon, gants sur les mains, pieds qui piétinent pour me réchauffer, et je commence mon « tour de garde ». Quelquefois, nous sommes deux, c’est plus sympa, on peut discuter un peu, mais là, pas de collègue, il est en stage, alors je fais le planton toute seule !

 

Tout ça pour en venir où, allez-vous me dire, eh bien voici et voilà l’affaire qui m’AGACE.

Tous ces gens, petits et grands, qui passent le petit portillon ne sont qu’une bande de malappris impolis, incapables et asociaux. Si, si tout ça à la fois !! Il est quand même effarant de voir que ces messieurs-dames-demoiselles et jeunes gens me passent devant sans même penser à m’adresser une quelconque parole ! Bon sang de bonsoir, je suis vivante, pas une statue qui serait là pour décorer la cour genre « en souvenir de notre bien-aimée maîtresse, morte de froid en surveillant la cour », et je leur darde des regards bien directs, mais non, rien n’y fait, il n’y a qu’une personne sur cinq qui m’accorde un rapide bonjour en échange du mien !

 

Le plus drôle dans tout ça, c’est la façon dont les gens cherchent à m’éviter ! Il y a celui qui cherche à passer derrière moi l’air de rien… alors là, je pivote et je lance un grand bonjour qui le désarçonne « ah elle m’a eu… bon euh… bonjour ! » (sans grande conviction). Celle qui passe tête haute, attention, tourner la tête pourrait défaire le beau brushing fait main il y a quelques minutes, mais là aussi je lance mon bonjour enjoué qui la force à détourner la tête vers moi (et je pèse mes mots parce que c’est vraiment à contrecœur). Le gamin de ma propre classe qui a repéré les copains, qui file tout droit en fond de cour et que je force à dire bonjour (va se prendre une tance en classe lui, ça va pas faire deux plis). La maman poule qui amène toute sa smala et donne devant moi les dernières recommandations d'usage : « travaille bien, sois sage, mange pas ton goûter trop vite, mets tes gants, ton chapeau et ton écharpe, pense à moi je te fais des frites pour tout à l’heure » et qui me lance un regard mi d’excuse mi de connivence « vous devez connaître ça madame ! ». Eh bien croyez-vous qu’elle penserait à dire bonjour ? non ! Mince ! Depuis quand le regard de connivence veut dire bonjour ???

Bon, il y a aussi le bon Toto à qui sa maman a tellement enfoncé le bonnet qu’il ne voit plus rien le pauvre chéri, c’est à se demander comment il est arrivé là tout seul… alors évidemment, il ne me voit même pas !

 

Et puis, il y a les quelques polis qui me disent un grand bonjour souriant comme je les aime, avec un regard de bonne journée, plein de gentillesse et ceux-là, j’ai presque envie de les embrasser tellement je suis contente (surtout les beaux papas…) ! Mais bon je me retiens parce que je n’ai pas envie de voir un panneau dans la cour avec « ci-gît Mme X, tuée en pleine surveillance de cour de récré par Mme Y, parce qu’elle avait embrassé son mari trop fougueusement ». Non vraiment, ça ne le ferait pas du tout !

 

Voilà, tout ça pour dire qu’un simple bonjour souriant me fait toujours grand plaisir, et que la politesse, ça se perd. Oui, je suis sans doute vieille mode, mais une parole et un sourire font des fois dix fois plus d'effet qu’un regard renfrogné et une grimace, ça j’en suis sûre, j’ai testé pour vous !

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