Voilà ce qui m’est arrivé il y a 7 ans.... Cela fait très peu de temps que j'arrive à en parler calmement, sans me sentir coupable et honteuse. Il m'a fallu un stage l'année dernière et des excuses d'un inspecteur de l'EN qui n'avait rien à voir avec cette histoire pour que j'admette enfin que tout ça n'était pas ma faute. Merci à un ami qui m’a remis en confiance pour en parler, afin que peut-être d’autres ne se sentent plus coupables pour des gestes qu’ils n’ont pas commis.

A l'époque, je travaillais à dans la petite ville de T., dans une école assez calme, mais qui avait ses "petites terreurs de quartier" comme on les appelait. La plupart des familles étaient socialement marquées (chômage, père ou frère en prison, famille mono-parentale, famille d'accueil, enfants placés et j'en passe). Ce n'était pas facile pour les enfants mais j'avais une classe très sympa et des élèves qui auraient "mangé" n'importe quoi pour apprendre. Pas du tout le niveau de l'école où je travaille actuellement, mais une envie d'apprendre à toute épreuve. C'était dur de travailler là-bas mais très formateur.

 

La petite terreur de notre école terrorisait son petit monde depuis quelques années déjà, il avait 10 ans et fumait sa petite cigarette dans la cour à la récré, devant tout un chacun, et sans que qui que ce soit y redise quelque chose. Et surtout pas le directeur qui, à une année de sa retraite, ne voulait pas d'ennuis.

 

Jusqu'à ce jour d'hiver où je passe devant les toilettes de l'école et je vois notre terreur en train de mettre la tête d'une petite CP dans la cuvette des toilettes et de tirer la chasse d'eau. Evidemment, je m'interpose et repousse le coupable. Cela ne lui a pas plu et il est revenu par derrière pendant que je m'occupais de la pitchoune. Il m'a frappé très violemment le dos et le bras gauche jusqu'à ce que je puisse le repousser (accroupie, j'avais été déstabilisée) puis il s'est enfui dans la cour. Je n'ose vous dire dans quel état second je me trouvais.

J'ai tout de suite voulu en parler avec le directeur et l'équipe. Et j'ai appris que ce n'était pas la première fois que cet "enfant" frappait les enseignants. En somme , je n'étais pas la première. Evidemment, la conciliation avec le père de l'enfant a été insultante pour moi, je n'étais qu'une femme donc son fils avait le droit de me frapper. (ah tiens je ne connaissais pas cette loi....).

Dans l'heure qui a suivi, j'ai quitté l'école contre l'avis de toute l'équipe enseignante  pour aller chez mon médecin (8 jours d'arrêt pour bleus bien répartis sur le dos et sur le bras gauche) puis dans la foulée au commissariat central pour porter plainte. J'ai passé 2 heures dans un bureau sordide où 5 ou 6 policiers ont essayé de me faire dire que je l'avais frappé la première. Parce qu'un enfant de cet âge-là ne peut pas faire autant de bleus à un adulte... J'en suis ressortie traumatisée.

C'est difficile de dire le sentiment de honte qui m'a envahi... plus de soutien à l'école, parce que j'avais trahi le silence que tous adoptaient depuis longtemps et la bande de ce gamin qui m'attendait tous les soirs, assis sur le capot de ma voiture, pour me faire "la peau" comme on dit !

Pas de soutien de la hiérarchie, le directeur a refusé de faire part de quoi que ce soit à l'inspecteur. Je me suis donc syndiquée, et le syndicat a appelé l'inspecteur devant moi. Il était parfaitement au courant mais comme il a dit :"elle est jeune, elle s'en remettra, donnez-lui un bon poste, et pas de vagues". L'affaire a été classée sans suite, pas de témoins, pas d'enquête.

Voilà. Je me suis ainsi retrouvée propulsée à l'école de B. dans un beau quartier.

J'ai porté ce fardeau pendant 7 ans. Jusqu'à l'année dernière, dans un stage "gestion des conflits" proposé par l'EN où je me suis retrouvée avec quelques autres victimes comme moi, qui avaient besoin de parler. L'inspecteur qui animait ce stage fort intéressant et très sérieux s'est officiellement excusé devant moi de tout ce qui m'était arrivé... C'est idiot mais il n'y était pour rien. C'était la première fois depuis longtemps qui je ne me sentais plus coupable...parce que pendant 7 ans, j'avais sans doute fini par croire que c'était de ma faute tout ça.

 

Aujourd'hui, je ne déteste rien de plus au monde que les disputes et les conflits, les gens agressifs, les imbéciles qui aiment faire des histoires pour rien et qui cultivent ce fléau. J'apprends à ré-affronter tout cela sans peur, ce n'est pas facile. Mais je m’en sors…

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