En ce moment, je travaille cette poésie de Rudyard Kipling (traduite par Paul Eluard) avec mes élèves. J'aime beaucoup ce texte. Même s'il est ultra connu, il évoque une ligne de conduite humaniste qui me touche et me fait frissonner. Impossible d'être parfait à ce point, il faut se rendre à l'évidence, mais tendre vers, n'est-ce pas déjà faire une partie du chemin ?

Si...

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ; 
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ; 

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
Sans mentir toi-même d’un seul mot ; 

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
 
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
 Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

Si tu sais méditer, observer et connaître 
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître, 
Penser sans n’être qu’un penseur ; 

Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
Si tu sais être bon, si tu sais être sage 
Sans être moral ni pédant ; 

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
Quand tous les autres les perdront, 

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
Seront à tout jamais tes esclaves soumis 
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire, 
Tu seras un homme, mon fils. 

Je repense aussi à cette très jolie version musicale "if" de 1988 par Bernard Lavilliers. A priori, ce n'est pas un artiste qui me fait planer mais là...je m'incline ! Ca le fait, comme diraient mes élèves !



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