C'était il y a quelques jours, dans un petit troquet que mes amis et moi affectionnons tout particulièrement. Pas branché pour deux sous, le plafond qui manque de nous tomber sur la tête, sièges défoncés, chaises qui font mal aux jambes, vieille déco qui craint dans les tons chocolat et orangé d'une époque révolue. Mais les patrons sont des anges, toujours le sourire aux lèvres, le mot gentil qui déride les jours où c'est plus difficile que d'autres. Et puis des prix à toute épreuve, genre le café à même pas 2 euros, un truc raisonnable quoi.

Ce soir-là, nous n'étions pas nombreux. Notre petit groupe, bruyant et rigolant après une répé de chant, quelques jeunes venus là pour se détendre et boire une bière, et lui, là, dans un petit coin. Seul, avec sa bière et sa mine à ne pas faire rire qui que ce soit. Il avait l'air préoccupé, tout en regardant les infos sur la petite télé qui est toujours branchée dans le coin près du comptoir. Il avait l'air ...pathétique...oui ...c'est ça.

Je me souviens parfaitement ce dont parlait le sujet du journal de 20 heures : c'était le témoignage d'un conducteur de RER parisien qui entamait une nouvelle grève parce qu'on venait de passer à l'heure d'hiver et du coup, le pauvre chéri, il devait travailler 6 heures par jour pour qu'il y ait plus de train pour les usagers. Pas besoin d'avoir le son, j'avais déjà écouté ses âneries à la radio dans la voiture en conduisant junior quelques heures auparavant et j'avais "bondi" moralement en pensant à mon homme qui bossait quelquefois jusqu'à 23 heures le soir parce que jeune créateur d'entreprise, seul, c'est pas toujours de tout repos...

A ce moment-là, j'ai voulu re-commander ma boisson (du thé....;-)) et me suis déplacée jusqu'au comptoir pour parler au patron. Et là, j'ai entendu ceci, venant de mon "pathétique" :
"Merde, donnez-le moi votre boulot, je peux pas nourrir mes gosses à cause du chom'du, bandes de c...."
Je suis restée stoïque, mais j'ai accusé le coup.

Oui, c'est totalement indécent tous ces gens qui font la grève pour des raisons fallacieuses, qui réclament toujours plus encore alors qu'ils sont déjà lottis d'un salaire. Je ne peux m'empêcher de penser à tous ces "pathétiques" que personne ne remarque jamais, ceux qui ne fêteront rien ou pas grand-chose ce mois-ci. Chez nous, tiens, les conducteurs de Tram ont fait la grève parce qu'ils voulaient obtenir une prime de déshabillage, si, si, parce que se mettre en uniforme le matin, ce devrait être rémunéré !! non mais, voyons !

Et oui, je suis fonctionnaire, ne vous en déplaise, mais je ne vis pas et ne veux pas vivre dans ce monde-là. Je vis avec des gens à qui les 35 heures ne seront jamais appliquées, qui ne sauront pas si le mois prochain tout ira bien ou pas, qui n'ont pas le droit de tomber malade parce que 14 jours de délai de carence sans salaire avec 4 enfants c'est dur... JAMAIS je ne fais fais grève, JAMAIS, par respect pour tous ceux qui se battent pour trouver un emploi et ceux qui se battent pour le garder, pour tous ceux qui sont dans la merde, pour tous les "pathétiques". Je suis heureuse de ce qu'on me donne, je ne rechigne pas au boulot, je fais des heures supp s'il le faut (non rémunérées bien sûr), je donne un coup de main si c'est nécessaire, je propose mon aide et ne refuse jamais d'aider un collègue, je ne me fais pas opérer ou soigner les jours ou j'ai classe, je vais bosser même si j'ai 38° de fièvre, parce que là, je peux encore, et je ne cumule jamais les congés pour "enfant malade" dont je dispose pour partir en avance en vacances comme une de nos collègues vient de le faire dans l'Académie....

C'était mon coup de gueule du jour. Je ne veux pas baisser les bras et j'avais envie de le dire, c'est tout.




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