La file des caddies de début de semaine est quasi ininterrompue. Une grande femme habillée dernière mode, cheveux parfaits, ongles manucurés, et lèvres botoxées, se rapproche de la file. Dans ses bras, dix paquets de café. Elle sourit de toutes ses dents, les bourrelets lui servant de lèvres faisant une sorte d'affreuse bouée autour des dents.
"Pardon, je n'ai que ça, vous pourriez me laisser passer ?"
Les pousseurs de caddies s'écartent gentiment. La femme avance, centimètre par centimètre, et se campe devant la caisse. Les paquets de café passent devant la fenêtre à code barre et la femme sort de son sac une enveloppe brune. De cette enveloppe, elle sort à nouveau plusieurs enveloppes blanches. Et de chaque enveloppe blanche, de petits paquets jaunes, retenus par des trombones. Tranquillement, alors que la pauvre caissière la regarde effarée, elle ouvre un à un les petits paquets et en sort de petites piles de piècettes de cuivre.
"Vous n'avez pas autre chose ?" murmure la petite caissière affolée.
"Non, mais je les ai déjà comptées. " dit la dame.
"Oui mais moi je dois tout recompter quand même !" rétorque la caissière, excédée.
Et commence le ballet des petits euros, des paquets jaunes à la caisse. La petite caissière fait ce qu'elle peut, les clients s'énervent, quelques-uns remballent leurs marchandises dans leurs caddies et changent de caisse.
Interloquée, gênée et amusée à la fois, j'éclate de rire. Intérieurement.
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