Dans l'immense salle de bois et de lumière, toute une foule s'organise, se place, et laisse dériver des paroles douces qui s'envolent. Les portes sont closes mais cachés, les artistes sont dans l'attente. Tout de noir vêtus, partitions ou instruments dans la main, choristes au gosier tout vibrant des dernières brouettes accomplies quelques minutes auparavant, ils n'ont d'yeux que pour l'écran vidéo qui leur montre la foule de la salle de bois.
Les musiciens rentreront après le choeur de femmes. Pour l'heure, comme à la maternelle, elles se rangent "dans le bon ordre". Un dernier regard à l'écran vidéo, un petit mot dans le casque du régisseur, il faut y aller. Les lourdes portes de bois s'ouvrent pour laisser passer les seize femmes puis les musiciens.
Je mets le pied hors coulisses sans jeter un seul regard à la foule silencieuse. J'avance en priant de ne pas me prendre les pieds dans le costume de concert. Les applaudissements crépitent. Je sens une sorte de fébrilité mêlée de trac et d'émotion. Dans quelques minutes, la belle Ophélie se noiera dans un torrent, accompagnée de quelques mélodies tristes, et les petites fées d'un songe d'été lanceront de leur voix cristallines quelques conseils aux elfes de la forêt.
J'ai un an de plus à ce moment précis et je chante, extatique, oubliant ma vie.
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