Pour répondre précisément à Tittou : oui j’aime l’opéra. Ce n’est pas tant une histoire de musique mais aussi une histoire de corps. En effet, je vis l’opéra avec mon corps, un peu comme un passage des sentiments qu’ils me font ressentir. Je pleure, je ris et frissonne, me laisse emporter par les héros et leurs quêtes. Et j’ai souvent du mal à atterrir quand tout est terminé et que le rideau tombe. Je peux frissonner pour un « Iphigénie en Tauride » mis en scène de façon très sobre et très sombre, mais aussi pour une « Flûte Enchantée » aux costumes proches de personnages de BD pleins d’humour, une « Traviatta » aux costumes de Princesses plein de froufrous et jupons et de dandies gentlemen, bref, il n’y a pas que la musique qui me fasse vibrer.

 

 

Il m’arrive de me racheter le CD pour ré-écouter la musique qui m’a fait tant frissonner, mais au contraire d’un bon livre où je refuse de voir une mise en images avant d’avoir fini de le lire, j’ai besoin de la mise en images d’abord pour pouvoir rêver et aimer ensuite. Il est vrai que les opéras ont cette difficulté de ne pas permettre de comprendre toutes les paroles et il est normal d’avoir du mal à suivre l’histoire. Donc avoir un disque d’opéra et se l’écouter comme ça, sans bien le connaître auparavant ne me paraît pas être une bonne solution. Par contre, à force d'écouter certains dont je raffolle, je finis par en connaître la totalité par coeur...

 Il y a  tant d'airs qui me plaisent.... mais à vrai dire, j'ai un très gros faible pour Mr Puccini...Il ne faut pas commencer par un opéra entier mais par des airs solos, pour comprendre et aimer l'opéra, le reste vient ensuite avec l'envie d’écouter et de  "voir" plus. Essaie l'air de Mimi dans La Bohème et le duo qui s'ensuit avec Rodolpho, ou l'air de tristesse de cho-cho-san dans Mme Butterfly. Pour changer de compositeur, Mozart et sa flûte enchantée et les airs finaux de Papageno et Papagena sont drôles et charmants. Verdi et sa Traviatta et le moment où l’héroïne se meurt dans les bras de son amant retrouvé, les pêcheurs de Perle de Debussy... Il y en a tellement !

 

 

Cette passion de l'opéra me vient depuis toute petite, lorsque je chantais dans les choeurs d'enfants de l'opéra de Nancy, (car il y a aussi des choeurs d'enfants dans certains opéras : Carmen de Bizet, La Bohème de Puccini, Attila de Verdi, La flûte enchantée de Mozart,... par exemple ).

 

 

Notre professeur de chant nous sélectionnait en fonction de notre voix mais aussi de notre capacité à déchiffrer vite et à suivre des répétitions régulières à l’opéra. Nous avions notre répétiteur attitré qui nous apprenait les passages où nous intervenions, passages musicaux à connaître par cœur, bien sûr ! Puis venait le temps des essayages de costumes, les répétitions avec les chœurs d’adultes et avec l’orchestre, la mise en scène. Nous avions le droit de nous balader comme nous le voulions dans la salle pendant les répétitions, et souvent nous allions en petite troupe nous mettre au poulailler (dernier étage de sièges dans une salle de théâtre) . De là nous observions nos stars et attendions notre tour pour entrer sur scène.

 

 

L’entrée sur scène est quelque chose de fantastique : passage du monde du réel où j’étais moi, petite fille de 12 ans, musicienne, au monde du compositeur où je devenais un petit garçon pauvre, ou une petite espagnole aux pieds nus ou à une enfant de la bonne société bourgeoise…que sais-je encore ! Le chef d’orchestre nous faisait reprendre, nous grondait souvent, car il était quelquefois difficile pour des enfants de bien respecter la mise en scène. Je me souviens d’une fois où l’un d’entre nous qui avait un petit solo devait faire un geste de colère et lancer un jouet au sol en chantant son air. Malheureusement ce jour de répétition-là, le jouet avait rebondi , avait quitté la scène pour tomber dans la fosse où jouait l’orchestre et avait atterri sur un contrebassiste tout surpris qui ne s’y attendait vraiment pas du tout ! Nous avions tous pris une bonne tance ce jour-là, mais quelques heures plus tard, des chocolats nous attendaient dans notre loge pour nous demander pardon…

C’était merveilleux pour moi, j’en garde un souvenir très ému et très vivant.

 

 

Aujourd’hui ce sont mes propres enfants qui prennent le relais. Ils font des études aménagées pour pouvoir passer leurs après-midis au conservatoire de musique et faire instrument, solfège, chant, concerts, etc. Dans quelques mois, ils se produiront sur la scène de l‘opéra de Nancy pour un opéra pour voix d’enfants uniquement. C’est une expérience unique pour eux, et ils font ça avec leurs copains musiciens, c’est donc une réelle partie de plaisir. Eh oui, la musique, chez nous on est tombé tout petits dans la marmite depuis des générations !

 

 

Merci Tittou pour m’avoir permis de me replonger dans ces souvenirs si plaisants ! Mille bises à toi…

 

 

 

 

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