J' adore les files à la caisse du supermarché. C'est comme s'asseoir à la terrasse d'un café. C'est comme attendre dans la file d'attente d'un concert, comme Profette. C'est comme regarder le soir au travers des fenêtres allumées des maisons. C'est un rien voyeur, je le concède, un rien mal élevé aussi peut-être... Qu'importe, c'est le meilleur moyen d'observer ses semblables l'air de rien, et de profiter de tranches de vie qui me ravissent.

Donc ce matin, j'étais à la caisse du supermarché, 3 bouts de trucs à la main. Devant moi, une dame avec le caddy du ravitaillement de la semaine, plein à rabord. Elle me regarde très gentiment et me propose de passer devant elle. J'accepte avec plaisir, non sans la remercier vivement. Je me retrouve alors derrière un petit bout de bonhomme d'une dizaine d'années. Sale à faire peur. Des cheveux blonds gras lui tombant sur les yeux, coupe au bol des années 7O. Des habits trop petits, rapiécés et recousus à souhait.
Le gamin tourne vers moi des yeux brillants d'un bleu vert intense, me sourit de toutes ses dents :
"Vous voulez passer aussi devant moi madame ? Ca ne me dérange pas vous savez ! "
Je regarde son vieux cabas où sont déposés 4 briques de vin de table bon marché. Mon esprit s'emballe et j'imagine en un quart de seconde l'environnement de ce gamin. Pas de pitié non, mais une empathie soudaine pour ce petit bout d'homme d'à peine 10 printemps capable de sourire si franchement, de parler si poliment, d'être serviable, et en plus d'avoir des yeux si magnifiquement intelligents...
Et je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec tous les gamins de bonne famille que j'ai pu croiser dans les écoles, et qui n'arrivaient même pas à la cheville de celui-ci.
"Merci, lui dis-je, tu es bien sympa. Mais nous avons autant de courses tous les deux, je vais attendre mon tour." Et je lui ai souris de toutes mes dents, moi aussi.
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