Avant, il n'y en avait pas ou si peu ...
Je me souviens que toute petite, je les considérais avec une sorte de pitié, comme des enfants malades, des enfants à qui il manquait un quelque chose qui me paraissait être l'essentiel, moi fille d'un couple uni. Oui, ces enfants de couples divorcés qui cachaient ces allers et venues embarrassants entre "chez papa" et "chez maman". Je me disais qu'il fallait être gentil avec eux, qui devaient forcément être malheureux puisqu'ils ne vivaient pas comme la plupart d'entre nous.

Aujourd'hui, la longue liste des enfants de couples séparés est légion. Les dossiers scolaires sont remplis d'adresses différentes et de numéros de téléphone à la pelle pour chacune de leur maison. De tantes, grands-mères ou assimilées et multiples nounous pour toutes les situations de semaine paire ou impaire. Petits enfants-valises qui trimballent pyjamas et doudous dans de charmantes petites valises à roulettes en fin de semaine à l'école, qui oublient le cahier du jour "chez papa", le cahier de texte "chez maman", et vous racontent à l'envie que la nouvelle amie de papa a amené son demi beau-frère du côté de tonton Paul, tout en rigolant, parce qu'il est chouette ce tonton Paul qu'on n'aurait jamais connu sans tout ça.
La pauvre Aliénor en perd son latin, elle, petite fille de famille mariée avec enfants bien sous tous rapports. Elle qui n'a qu'une seule maison, dans un seul endroit, avec un seul papa et une seule maman et qui écoute ses camarades lui vanter les avantages du divorce. Parce que quand on est divorcé, on a deux maisons, deux chambres, deux séjours en vacances, deux familles avec plein de cousins en plus et le mieux, deux fois plus de cadeaux à Noël !
Elle en a les larmes aux yeux Aliénor, parce que pour un peu, elle trouverait sa vie à elle un chouilla ennuyeuse.
Alors c'est pour ça que l'autre jour, elle a gentiment demandé à sa maman si elle ne pourrait pas divorcer un petit peu. Parce que comme ça, Aliénor serait enfin "comme les autres"...
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