Sa voix se brise. Elle pleure à chaudes larmes tout en essayant de m'expliquer ce qui se passe. Je ne me sens pas fière et mes yeux sont humides. J'ai du mal à rester calme et à garder raison. Je  n'aime pas voir ou entendre les gens pleurer. Je finis toujours par pleurer aussi. Mais là, je ne dois pas. Il faut que ma voix reste claire, rassurante, positive et qu'elle le sente à l'autre bout du fil. C'est essentiel pour la suite.
Je maudis intérieurement les 400 kilomètres qui nous séparent. Comme j'aimerais prendre ma voiture pour aller la serrer dans mes bras, lui tenir la main pour que tout soit plus facile. Je lui répète que je l'aime et que tout va bien se passer. Je ne sais pas si elle m'entend ou me comprend. Ces derniers temps, elle n'a plus toujours toute sa tête. Je sens qu'elle respire mal. Elle halète à chaque mot, et ses phrases se terminent dans une sorte d'expiration rauque.
Pour la première fois, elle me parle de la mort. "Et si c'était maintenant ? Si c'était la fin ?" Je sens la peur suinter de ses mots. Je ne sais quoi lui dire pour la rassurer, je me sens si dérisoire. Alors je lui répète que je l'aime et que je l'aimerai toujours.
Comme je la comprends ! Le passage de l'autre côté serait beaucoup plus simple si elle s'endormait tranquillement, sans angoisse et sans cette impression d'étouffer.
Ma grand-mère maternelle, 94 ans, va être hospitalisée d'urgence. Le médecin réserve son pronostic. Il n'y a plus grand-chose à faire pour elle, d'après lui. Moi je crois en sa force de vie. Elle nous a déjà surpris plusieurs fois, malgré des diagnostics plutôt alarmistes.
La rentrée des classes et mon boulot passent soudainement au second plan. Je vais aller la voir. Le plus vite possible.
Elle représente tellement pour moi.
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