C'est l'histoire de Maîtresse d'école, une bloggeuse que j'adore et qui culpabilise d'avoir abandonné son chat. Vous allez lire mon article et puis vous vous direz que je raconte ça pour me faire du bien, mais non, c'est juste parce qu'avoir des animaux, ce n'est pas donné à tout le monde et il faut que ça se sache...

C'était en juin, dans une ZEP (ie Zone d'Education Prioritaire, là où il y a plein de gosses en difficulté sociale et scolaire, là où personne ne veut aller bosser parce qu'on y transpire... une des plus belles années de ma courte carrière, soit dit en passant). Mes 30 élèves s'étaient creusés la tête pour me faire un cadeau de fin d'année, un truc qui me plaise autant que le bonheur qu'on avait eu de travailler et d'être ensemble. Ils y avaient mis un coeur immense et surtout avaient patiemment mis leur parents à contribution et gardé un secret. Je subodorais l'idée cadeau, mais surtout, ce qui me plaisait, c'était l'idée de la recherche de ce cadeau en équipe. Les conciliabules en récré, les clins d'yeux entendus, les sourires en coin et les petites paroles anodines "tu vas être contente maîtresse".

Et puis le grand jour de la fin des cours est arrivé. Toujours un moment d'émotion pour moi, parce que, quoi qu'en disent certains, je m'attache à mes élèves. [Début de la parenthèse : C'est le grand principe de la résilience de Boris Cyrulnik : dire que pour un enfant qui n'a pas de repères stables pour grandir, qui souffre atrocement d'un déséquilibre d'amour ou qui a subi un grand traumatisme d'ordre psychologique, une seule personne qui a confiance en lui et qui sait lui montrer, peut tout changer dans sa vie d'enfant et dans sa vie scolaire, et donc dans sa vie future. Fin de la parenthèse] Et les voilà avec de gros paquets plein les bras, et des sourires à vous ouvrir le coeur en deux... Ces gosses vivent de façon précaire la plupart du temps, ne mangent pas tous à leur faim, se vêtissent dieu sait comment, et là, là je sais qu'ils ont dépensé de l'argent pour moi....et je suis émue mais j'ai mal aussi.

J'ouvre le premier paquet et j'y trouve un adorable chaton blanc avec des lunettes et des bottes noires, le genre de boule de poils qui vous fait craquer instantanément et instinctivement sans raison. Un petit chaton calme et à peine sevré... et puis tous les accessoires pour aller avec, le collier avec l'adorable petit grelot, le panier, la caisse, la boîte de transport, les croquettes ....

Je reste sans voix.... parce que c'est un MAGNIFIQUE cadeau, mais aussi parce que les animaux chez moi, ça a toujours été NON. A l'époque, j'avais déjà 3 enfants en bas-âge et je travaillais encore à temps complet. Je n'avais aucun temps pour moi et encore moins pour une boule de poils de n'importe quel type. Puis je réfléchis et je me dis que des tonnes de gens très bien arrivent parfaitement à se débrouiller avec un chat, que c'est somme toute un animal assez indépendant, et que je suis quelqu'un de très bien ;-) et que je vais y arriver ! na ! comme tout le monde. Et je ramène le chat (euh c'était une fille...), la petite chatte à la maison.

Joie des enfants, indifférence de l'Homme de la maison.... Je me lance. Et ça a été la plus horrible des expériences. Cette petite chatte surnommée Pirouette par mes enfants, était une petite chatte câline et ronronnante, ... mais uniquement avec moi et à deux heures du matin.

Elle avait pris l'habitude de griffer les enfants au visage, de faire ses besoins dans les bacs de linge propre qui attendaient le repassage, ou pire, dans les bacs de légos (vous savez, ces toutes petites pièces de plastique pleines de replis et de recoins. Croyez-moi ces jouets-là ont pris des bains plus souvent que mes enfants à cette époque )..... La nuit, elle allait casser des objets dans la cuisine pour que je me lève et m'occupe d'elle. Et le must, c'était quand elle se baladait sur la rambarde de la mezzanine : elle s'arrêtait au milieu, attendait que je la regarde, se mettait en position pour faire pipi, et me regardait droit dans les yeux pour faire ses besoins.......AAAAAARRRRGGGGGGHHHHHH !!!!!!!!

Au bout de un an infructueux à la dresser pour lui apprendre (avec l'aide de ma véto quand même), j'ai fini par renoncer. J'ai pris un rendez-vous chez ma vétérinaire et lui ai posé le problème. Ce à quoi elle m'a répondu : "C'est une petite chatte pour une mamie. Elle a besoin qu'on s'occupe d'elle en exclusivité. Elle est jalouse des enfants. Il va falloir faire un choix entre Pirouette et votre tribu... (humour noir)"

Choix crucial, s'il en est.... ;-) J'ai choisi les enfants ! Et ai emmené ma jolie Pirouette à la SPA avec un gros chèque pour qu'on s'occupe bien d'elle et qu'on lui trouve une gentille petite mamie... Je ne vous dis pas le regard noir de la personne qui m'a reçue, ni le sermon que j'ai pris pour abandon d'animal domestique, ni ma culpabilité, ni les pleurs de mes enfants, ni....

Mais oui, j'ai été méchante avec les animaux, maîtresse d'école, tu vois.

Depuis, nous hébergeons une lapine à la maison qui se prénomme Chaussette. Heureusement, les enfants ont grandi et ça se passe mieux !

 

 

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