23h16.. Affalée sur le canapé, je zappe. Ah tiens, cette émission sur l'école Française qui passe depuis 3 semaines déjà, et que je n'ai pas encore eu le temps de regarder... Allons-y pour voir !

Lola a 9 ans. Petite brunette souriante, pétillante, vive et futée, ça se voit tout de suite. Un peu agitée sur sa chaise, sans aucun doute, mais rien de grave. Le problème typique des gamins qui ne veulent rien manquer de ce qui se passe autour d'eux.

Voix OFF : " A ce moment, Lola se penche vers son voisin pour l'aider car il est visiblement perdu dans sa conjugaison. La Maîtresse veille au grain : Lola !! Arrête ! Et puisque tu sais très bien pourquoi je te reprends, va donc t'asseoir là-bas toute seule pour réfléchir à ce que tu viens de faire."

Mini Lola se déplace, va s'asseoir sur la chaise isolée de la classe, dubitative, se mordant la lèvre tant et plus en essayant de comprendre ce qu'on lui reproche. Scène suivante, Lola et sa maîtresse sont dans le couloir, et Lola tente une percée pour expliquer ce qu'elle a fait, très vite réduite au silence par la maîtresse : JE suis la maîtresse, JE décide de ce que je fais et de ce que tu fais. Aujourd'hui, tu as vraiment dérangé ton camarade et c'est pourquoi je te punis. Tu te crois tout permis en permanence et c'est inacceptable. Tu dois te plier à MES règles.

Lola est tétanisée, raide comme un piquet pendant la tance, sous le joug de sa maîtresse. Son regard traduit sa perplexité : sa maîtresse passe son temps à lui faire respecter le temps de parole des autres et ne respecte pas le sien...

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Le poète est dans la classe. Superbe projet, et Lola est hyper réactive. Elle fait des rimes, rit et sourit, trouve des mots pour faire rebondir le poète, elle est dans son élément : "Dîtes-moi les mots qui vous passent par la fenêtre, ces mots qui ne veulent pas se tenir à carreau". Derrière Lola, un petit gamin hébété regarde le poète. Mais keskidi çui-là ? Puis il se met à glousser, pour se donner une contenance. Et Lola lance : "idéogramme" et le poète lui répond en souriant "Oh moi tu sais les idées, je ne les ai pas au gramme, mais plutôt au kilo, et même à la tonne !" Lola est radieuse, ils sont sur le même mode de pensée.

Séquence suivante, la maîtresse réinvestit en classe le travail entamé avec le poète. Il s'agit de faire des anagrammes, des acrostiches, des rimes. Les enfants sont en groupes. Lola explique à sa copine Ornélie, fraîchement débarquée  du gabon quelques jours plus tôt, ce qu'est un anagramme : "tu prends les lettres du mot et tu les mélanges, ça fait un autre mot." Elle est stoppée par 2 fillettes qui lui disent que sa définition n'est pas bonne, qu'elle vient de donner celle de l'acrostiche. Mais Lola ne se démonte pas et leuir donne la bonne définition de l'acrostiche. Elle propose de lire la définition du dico pour vérifier. Mais la voix de la maîtresse d'élève : "Lola !! Arrête d'ennuyer tes camarades !"

Avec tout ça évidemment, Lola a pris du retard dans son travail de recherche d'anagrammes et au moment de la mise en commun, elle n'a rien trouvé. La maîtresse essaye de mettre la classe sur la piste. "Alors Jean-Baptiste, si je te dis CHIEN, tu trouves quoi comme anagramme ? " Vaccin ! lui répond le fameux JB qui n'a visiblement rien compris aux anagrammes (en même temps les angrammes à l'arrache et à l'oral comme ça c'est pas facile...) Mais Lola veille ! Elle se trémousse, sourit et lance NICHE ! Elle est fière d'elle, elle peut à vrai dire... Mais la maîtresse veille aussi : "Lola ! Ca suffit ! Tu es une égoïste, vraiment tu ne penses qu'à toi, ce n'était pas ton tour de parole !" Lola a cessé de sourire, elle se tasse sur sa chaise, et tente de se faire une fois de plus oublier.

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Le poète est de retour. Il tente de faire une acrostiche avec le prénom de Lola. Il propose d'en faire une positive où Lola serait la plus merveilleuse des petites filles, puis pour s'amuser, une négative où elle serait la plus horrible. (Pour la petite info, faire une acrostiche, c'est prendre chaque lettre d'un mot pour refaire un autre mot ou une phrase.) A la proposition du poète, Lola a l'air contente et s'agite un peu sur sa chaise. La caméra se tourne vers ses camarades qui n'éprouvent manifestement aucune envie de travailler sur le prénom de Lola. Des quolibets fusent, les regards sont méprisants, elle est montrée du doigt. La maîtresse ne bouge pas d'un iota. Lola s'est fait toute petite, ses mains se serrent convulsivement, puis viennent boucher ses oreilles . Ses yeux s'écarquillent, encore un tout petit peu de ce régime et Lola va se noyer...

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Lola a été punie. Encore. Elle a eu un travail supplémentaire à faire à la maison. Pour Lola, fille de parents séparés, ce n'est pas simple à gérer d'avoir 2 maisons, surtout quand on a tout juste 9 ans. La classe est silencieuse, et écoute les remontrances de la maîtresse contre Lola : "Ce n'est pas le texte que je t'avais donné que tu as recopié ! " Et Lola tente d'expliquer que n'ayant pas le cahier dans le sac de la maison de Maman, elle a fait une recherche sur internet, a retrouvé le texte, et l'a recopié. Seulement, la mise en page n'est pas la même et du coup, les majuscules et la ponctuation ne sont pas au même endroit. "Ce n'est pas le travail que je t'ai donné moi, c'est tout ce que je vois. Tu recommences tout pour demain, et correctement cette fois." Lola reste bouche bée.

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Dernières images du reportage, Lola s'est refermée sur elle-même, elle s'est fanée. Elle s'isole volontiers et ne rit plus du tout. Elle semble toute petite, ses yeux sont ouverts sur une sorte de vague indéfinissable. Elle a perdu son assurance et sa spontanéité. Lola n'aimera plus jamais l'école, je suis prête à le parier.

Quant à moi, je me suis recroquevillée sur le canapé, j'ai bouffé un bon quart de mon plaid, et je parle toute seule à cette maîtresse et au père de Lola qui ne voit rien venir.

Toi, maîtresse de Lola, tu es la honte de notre métier, tu n'as rien compris aux enfants qui ne rentrent pas dans ton schéma, tu ne sais pas exploiter les potentialités de ces gamins. Tu sais tuer dans l'oeuf la créativité, l'imagination, les rires au profit du mépris, de l'angoisse et du rejet.

On peut enseigner en souriant et en riant, en dialoguant, en aimant et en écoutant, en réconfortant. On peut même être sévère mais juste. Et savoir reconnaître que nous ne sommes pas infaillibles. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une force.

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