je ne suis pas d’accord !!


Hier soir, je suis rentrée vers 20 heures chez moi après une longue journée de boulot (qui a osé dire que les instits se la coulent douce et ne font rien ??). J’ai travaillé avec 31 CM2 hyper excités, cause : un jour férié et la fin de la semaine toute proche, une réunion pour établir le projet d’école avec des formulaires à la c.. du type « décrivez 3 axes de travail pour les trois années à venir ainsi que toutes les actions pédagogiques que vous comptez mettre en place pour ce projet ». Je ne sais même pas si je suis re-nommée dans cette école et quel niveau de classe j’aurai l’année prochaine. Pour les « postes provisoires » comme le mien, les projets d’école, c’est du temps perdu : on change d’école et de poste tous les ans. Donc une seule chose à faire, se raccrocher au projet de l’école dans laquelle on arrive, rédigé par d’autres avec des idées qui ne nous plaisent pas forcément.

Et après la réunion, encore 2 piles de 31 cahiers à corriger…

 

Bref, vers 20 heures, j’arrive à la maison et j’entame mon 2ème job, le job de maman. D’habitude, il me reste encore le goûter, les devoirs, les aller-retour aux activités, le bain, le dîner. Mais là, comble de bonheur, ma maman s’est occupée de toutes ces tâches et j’arrive juste pour le traditionnel « pipi, les dents, au lit » comme on dit chez nous, ce qui signifie qu’il ne me reste que les câlins à faire et les histoires à lire. Et surtout, je prends un petit temps de discussion avec chacun.

 

Et mon fils me dit : « la maîtresse m’a donné une claque sur la tête. » Oups ! le genre de situation que j’adore.:-( D’abord, avant de s’affoler, vérifier l’histoire du jeune homme. Lui croit être dans son bon droit, il tournait juste les pages d’un livre, ça n’a pas plu à la maîtresse et elle lui a mis une claque sans le prévenir. Impossible de savoir le vrai du faux dans tout ça, parce que je le connais mon loulou. C’est un petit gars adorable, mais il est capable de faire tourner en bourrique un adulte très très vite. Donc je décide pour le rassurer, et pour mon info personnelle, d’aller tirer cette affaire au clair dès le lendemain.

Je suis instit moi-même et je connais les textes sur les bouts des doigts. Il y a assez de cas d’enseignants partis en prison tout droit sans passer par la case départ pour des coups même minimes sur des enfants : les textes sont clairs : il est FORMELLEMENT interdit de porter un coup quel qu’il soit sur un de nos élèves.

 

Donc ce matin, rendez-vous avec la maîtresse. En tant qu’instit, je sais combien il est difficile de recevoir des parents qui râlent et qui ne comprennent pas forcément nos manières de faire ou d’enseigner. Et là, j’ai le double chapeau d’enseignante ET de parent qui n’est pas facile car je me dois de ménager la chèvre et le chou. J’avoue détester ce genre de situation . 

A l’issue de l’entretien, la maîtresse m’explique que mon cher petit ange est insupportable depuis le début de la semaine et que le dernier événement en date a été la goutte d’eau et qu’elle lui a bien donné un petite claque sur la tête. Mais qu’il l’a mérité.

Bien évidemment, je lui ai répondu que sur le principe, gronder le jeune homme pour son comportement ne me posait aucun problème mais que je n’acceptais pas le fait qu’elle lui donne un coup, même une petite tape sur la tête. En moyenne section, il a été violenté très régulièrement par son instit et s'en est sorti au bout de 2 ans de psychothérapie. Je ne veux plus revivre cela. Ce fut dur pour toute la famille.


Mais je fais quoi moi, maintenant ? Dans l’éducation que je donne à mes enfants, je leur explique que les lois sont des choses à respecter par tous, adultes comme enfants. Que chacun reçoit les sanctions qui s’imposent lorsqu’il déroge aux lois : si je vole, je vais en prison, si mes enfants font la même chose, je les sanctionne ou pire, je vais en prison pour eux, ça s’est déjà vu. Je leur interdis de réagir par la violence, je leur apprends à parler et à dialoguer pour résoudre leurs problèmes et croyez-moi, ce n’est pas facile. Alors, dans cette situation, c’est l’adulte qui déroge aux lois, l’adulte enseignant, l’adulte modèle, où se trouve la vérité pour mon fils ??? Tous les adultes sont des menteurs ? Les lois sont faites pour être transgressées ? Donc je suis libre de faire ce que je veux, comme je veux ???

Ras-le-bol de ces personnes qui se croient tout permis et qui se laissent dépasser par leurs sentiments, qui réagissent au quart de tour pour des choses qui sont somme toute pas si graves que ça, je crois qu’il y a pire qu’un gamin qui est distrait en classe, car c’était ça le fin mot de l’histoire, il n’écoutait pas les consignes.

Ras-le-bol de ces adultes qui jouent à être tout-puissant, de ces gens qui râlent contre l’évolution actuelle de la société (violence, régression) et qui ne font rien dans le bon sens pour que ça change. Bien sûr, il m’arrive de donner des fessées à mes enfants, mais très rarement et jamais sans discussion préalable. Bien sûr, je suis souvent en colère mais je sais où sont mes limites et JAMAIS je ne toucherai un de mes élèves, ce n’est pas mon rôle, mais celui de ses parents.

Ma devise est « si tu te respectes et si tu sais respecter les autres alors on te respectera » et c’est essentiel lorsqu’on enseigne aujourd’hui : je place mes limites haut et clair devant mes élèves et si elles sont dépassées je remets les choses au clair. C’est une construction progressive, un « vivre ensemble », c’est l’apprentissage de la vie en société.

Ras-le-bol d’essayer de faire mon métier du mieux que je peux, avec tout ce que je sais des chances dont je dispose, et de voir notre image d’enseignant cassée et labourée trop souvent...

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