Ce matin, le grand black souriant de la sécurité est coincé derrière la double vitre automatique. Impossible de faire démarrer les deux portes. Il nous regarde, l’air désabusé, sans se départir de son magnifique sourire.

Deux vieilles dames sont là, cabas dans la main gauche, canne dans la main droite. Mises en plis qui laissent à désirer, cheveux argentés un peu en pagaille. Robes et chaussures façon « les vamps », tissus aux fleurs passées, cuir tout détendu. Ce sont les habituées. Elles viennent tous les jours , à 8h30 précises, pas plus tard, trop de monde à la caisse sinon. Elles sont rieuses, sourire édenté pour l’une, fausses dents parfaitement (trop) alignées pour l’autre.

-         C’est long ce matin, dit l’une.

-         Ah ça, c’est long, comme vous dîtes, dit l’autre.

-         Bah, on a quand même une belle vue…

-         Comment ça ??

-         Ben l’agent de sécurité ! toujours aussi grand !

-         Ah ça oui, il en a mangé de la soupe celui-ci.

Elles rient.

-         Vous avez amené le cabas bleu aujourd’hui ?

-         Oui, le bleu, je ne trouve plus l’autre.

-         Ah ! C’est vrai que depuis qu’ils ne font plus de sacs, c’est pas simple !

-         Oui, mais ils ont raison, parce que les sacs qu’ils faisaient avant, et ben, c’est des sacs qui s’évaporent pas.

-         Comment ça ?

-         Tous les gens qui les jettent par les fenêtres des voitures ! Tiens, justement, je disais ça à Raymond hier en voyant des jeunes les jeter. Ca s’envole, ces sacs et plutôt bien , mais ça s’évapore pas.

-         De not’temps, on avait les sacs en papier…

-         Et les paniers en osiers…

-         Ca s’évaporait pas non plus remarquez !

-         Oui, c’est vrai…

Elles regardent dans le vague, s’appuyant sur leurs cannes. Songeant probablement à leurs jeunes années.

Les portes s’ouvrent enfin, le grand black les salue. « bonjour mesdames ! » Elles ne l’écoutent même pas et filent cahin-caha vers leurs rayons préférés.

Je marche derrière elle et je souris.

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