" Il y avait malheureusement plusieurs millions de chômeurs en Allemagne lorsqu'Hitler arriva au pouvoir, le 30 janvier 1933. Beaucoup de gens pensèrent qu'il allait régler tous les problèmes. Mon père perdit brutalement son emploi. Il tenta de faire des petits boulots comme dépannage pour que nous puissions vivre. Comme nous étions Israélites, c'était aussi difficile pour moi de finir mes études, et impossible de trouver du travail. Mes parents m'envoyèrent donc en Suisse où j'appris le service hôtelier chez des amis à eux.
Les nouvelles d'Allemagne devenaient alarmantes. Le 1er avril 1933, Hitler ordonna le boycott contre les juifs. Partout, des affichettes apparaissaient sur les vitrines, les portes des juifs. Je me faisais du souci pour ma famille dont je n'avais que très peu de nouvelles. Le 25 avril 1933, mes parents me téléphonèrent de Zurich. Ils s'étaient sauvés avec mon frère et avaient quitté Berlin. Un ancien employé de mon père était venu les prévenir que mon père devait être arrêté le 2 mai 1933. La police est bien venue chez nous le 2 mai, nous l'avons appris plus tard. Ils n'ont trouvé personne. "

Ces quelques mots sont une partie des mémoires que ma grand-mère a écrites il y a de cela quelques années, lorsque j'avais insisté pour qu'elle le fasse. En effet, je voulais garder l'histoire familiale écrite pour ne pas oublier. Ne pas oublier que nous sommes les descendants de juifs allemands, persécutés, comme beaucoup d'autres êtres, et considérés par Hitler et ses sbires comme des sous-hommes.

Mais là n'est pas vraiment mon propos. Je voulais surtout faire écho à la cérémonie qui a rendu hommage aux Justes de France. Parce qu'ailleurs, en Allemagne, il y a eu aussi des résistants et des Justes. Il y a eu cet homme, qui a bravé les interdits pour sauver mes arrières grands-parents, ma grand-mère et son frère.

Que ces mots soient pour ce Juste un hommage.

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