Décidément ! On ne s'ennuie pas dans ma classe...
Après Eloi et ses frasques en grammaire, je viens ici vous présenter Isabelle, petite beurette ravissante, avec un pois chiche dans la tête. Ouh là là, je suis dure avec elle. Certes. Mais la plus grande ambition d'Isabelle dans la vie, je vous le donne en mille, c'est d'être ... footballeur. Ah vous voyez, ça vous en bouche un coin aussi. Donc, non contente de vouloir faire un métier étonnant, Isabelle est évidemment un garçon manqué. Pas question de jouer avec les filles à la récré. Un bon jogging de marque, un queue de cheval pour relever ses magnifiques cheveux bouclés au-dessus de son ravissant minois et hop, le tour est joué.
En ce moment, en sciences, nous faisons la reproduction humaine. Une heure trente par semaine consacrée aux organes génitaux, grossesse et autres sujets brûlants qui suscitent chez mes petits élèves des interrogations existentielles.

Isabelle : "Maîtresse, quand on attend un bébé est-ce qu'on peut aller en discothèque ?"
Moi : "Ce n'est pas recommandé, Isabelle, avec le bruit et la fumée, ce n'est pas très bon pour le bébé. Et puis il faut se reposer et ne pas faire des choses trop fatigantes."
Isabelle : "Ah c'est sûr. Mais si on ne fait pas exprès ?"
Moi : "Mais comment ça si on ne fait pas exprès ?"
Isabelle : "Ben oui, si un garçon t'emmène de force dans une discothèque et que, en plus, tu sais même pas que tu attends un bébé ?"
Moi (écroulée de rire, très intérieurement) : "Ah là c'est autre chose. D'abord tu peux refuser d'aller en discothèque, et puis si tu ne sais pas que tu es enceinte, c'est que c'est le tout début de la grossesse. Ce n'est pas trop grave. Il faudra faire attention après."
Isabelle : "D'accord."

Retour au cours et discussion avec les autres élèves. Mon Isabelle me semble soucieuse. Elle ne participe pas aux tours de parole. Je ne dis rien. J'attends. Pour ces sujets délicats, je ne les brusque pas. Il ne faut ni les déstabiliser, ni les choquer. Nous venons de parler de choses qui sont difficiles d'accès pour des enfants de cet âge. Et puis quelquefois, ces sujets révèlent des maux profonds chez certains. Attendre que cela vienne d'eux. C'est tout.
La fin du cours approche.

Moi : "Y a-t-il encore des questions ?"
Isabelle se réveille... : "Maîtresse ! Et si on accouche en discothèque ? Comment on fait ?"


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