C'était il y a trois ans. Je venais de prendre la décharge de direction d'une nouvelle école. J'avais trente-deux élèves, tous très dynamiques. Une bonne classe, avec un bon niveau. Beaucoup d'élèves réactifs, plein d'humour, une classe très agréable dont je garde un excellent souvenir.
A bien y regarder, on ne la différenciait pas des autres. En fait, si, elle était belle. Belle à couper le souffle. Un visage d'ange, pas d'enfant, non, un visage de femme, et pourtant, elle accusait à peine dix années au calendrier. Ses yeux étaient à la fois graves et rieurs. Elle avait un prénom chantant qui me rappelait de belles lectures enfantines... Lise...
Seul la trahissait son accent chantant aux "r" roulés. Elle travaillait extrêmement bien, passant des heures sur ses devoirs, posant mille et une questions pour comprendre, apprendre et retenir cette nouvelle langue. En quelques mois, elle m'avait épatée. Elle possédait la grammaire et la conjugaison comme personne, coiffant même le plupart de mes élèves au poteau !
Je savais très bien que Lise venait de ..., arrivée quelques mois plus tôt pour survivre,  pour fuir un pays en déroute, parce que ses parents ne voulaient pas la misère pour elle.  Son papa était resté là-bas, sa maman attendait un bébé...
Lise et sa maman étaient hébergés par une famille de l'école. Lise et sa maman n'avaient pas de papiers.
Lise est partie en classe de neige avec nous, nous avons échafaudé tout un système pour lui permettre de vivre des choses de son âge. Et nous avons réussi.
Alors quand j'entends aujourd'hui qu'un "délit" a été commis par cette directrice de maternelle de Paris, je suis solidaire. Parce que nous sommes des centaines d'enseignants à commettre ce genre de délit. Tous les jours, pour le sourire d'un enfant.
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