On avait déjeuné ensemble au mois d'Octobre. Il avait fallu encore maints coups de fil pour arriver à prendre date et ne plus en changer. Les enfants avaient été ravis de passer un long moment ensemble. Pourtant ils étaient repartis assez vite, ce qui m'avait étonné, eux toujours si prompt à la fête et aux rires.
Nous avions eu de ces discussions idiotes de fille où l'on se plaint de choses insignifiantes. "Je maigris trop ces temps-ci" m'avait-elle dit suite à une remarque de ma part devant sa ligne devenue presque trop mince. "Oh la chance..." avais-je rétorqué, " moi ce serait plutôt le contraire !"
Puis la vie avait repris son cours, avec ses rushes quotidiens et les responsabilités qui s'enchaînent à vitesse lumière. Et chacun était reparti de son côté, pourtant à quelques kilomètres les uns des autres ...

Jusqu'à ce coup de fil ce soir.

J'ai compris tout de suite que quelque chose clochait, rien qu'au son de sa voix. Mon coeur s'est emballé en une seconde. "J'ai un cancer" m'a-t-elle dit. "Chimios, cheveux qui tombent, épuisement et nausées, la totale."
Les larmes me sont montées au yeux et j'ai continué tant bien que mal cette conversation, tout en essayant de ne pas paniquer. Deux mois....deux mois que nous n'avions pas pris le temps de nous appeler et en deux mois, elle avait souffert sans que je le sache.
Je m'en suis voulu de ce moment de faiblesse de ma part. Bon sang de bonsoir, c'est elle qui souffre et c'est moi qui pleure. C'est elle qui me dit que ça va aller et c'est moi qui panique.
A vrai dire, j'ai un peu honte.
J'ai proposé mon aide pour accompagner et soulager au moins au niveau des enfants. Elle l'a accepté tout de suite. Mais je suis là, avec cette boule au ventre. Et je me dis qu'il faut retrouver double force vitale pour lui en laisser un petit bout quand je la verrai, très bientôt. Et laisser mes larmes au vestiaire.
Retour à l'accueil