Mon esprit ne me laisse pas en paix. Je n'arrive pas à dormir, je me réveille en nage, une sourde angoisse en mon coeur. L'impression d'être revenue deux ans en arrière, d'avoir régressé. Au réveil, le cauchemar est toujours là. Ce n'est pas un rêve, cela s'est vraiment passé. Et je ne peux pas juste le repousser pour le faire disparaître.
J'essaie de me persuader que deux ans ont passé et que je vais beaucoup mieux, que j'avance. Que j'ai repris pouvoir sur ma vie. Je n'y arrive pas. Je ne suis pas très bien en ce moment.

Peut-être est-ce parce que la date fatidique arrive, et qu'inévitablement, comme une sorte d'anniversaire morbide, je revis tous les instants de ces moments si difficiles. Me réveillant à cause de mes propres gémissements, le  visage inondé de larmes, ou pleurant aux moments les plus saugrenus de la journée, pour des futilités qui m'épuisent.

Peut-être est-ce parce que je me sens seule face à ce problème, et que j'ai l'impression que pour tous les autres, c'est déjà du passé. Que la page est tournée. Que je m'en suis sortie. Pas pour moi, je ne peux pas oublier, pas faire ce chemin de reconstruction complète qui me sauverait définitivement. J'ai un poids sur le coeur, une épée de Damoclès au-dessus de ma tête, une chaîne à l'esprit. Je n'ose plus en parler à qui que ce soit.

Parce que depuis bientôt deux ans, je n'ai plus de nouvelles. De personne. Le grand silence de la Justice Française. La mauvaise humeur et l'agacement des interlocuteurs à qui je pose toujours la même question pour savoir où cela en est. Toujours rien, encore rien, jamais rien. Il faut attendre. Cela peut être très long, répondent-ils inexorablement. Je me sens abandonnée.

Comment expliquer ce sentiment à ceux qui ne l'ont pas vécu ? Ce silence est une torture. Ce traumatisme me mange encore, il me grignote par tout petits bouts, il m'empêche d'être complètement et totalement disponible pour toutes ces activités quotidiennes qui demandent tant d'énergie. C'est injuste pour ceux qui m'entourent. Je ne m'en excuserai jamais assez, je ne peux pas faire autrement.

Tous les jours, aller chercher son courrier en pensant que peut-être la lettre tant redoutée sera là à attendre d'être découverte. Qu'elle me fera sombrer c'est sûr, que je pleurerai toutes les larmes de mon corps. Que cela voudra dire encore et encore qu'il lui a suffit de mentir pour que cela n'existe pas, pour qu'on ne me croie pas.
Ou alors qu'enfin je serai reconnue comme victime et que ma parole aura été écoutée. Mais qu'il faudra replonger pour raconter encore et encore, deux ans après.
Mais que, dans les deux cas, je pourrai enfin réapprendre à vivre sans ce poids sur mon coeur. Continuer ma route, jusqu'au bout, avec de la paix dans mon coeur.

Il y a quelques jours, j'ai pris mon courage à trois mains. J'ai demandé à ma maman d'appeler les instances juridiques concernées pour savoir où cela en était.

Ma plainte a disparu.
Personne ne saurait dire où elle se trouve.
Deux ans à attendre pour ça !!

J'ai le coeur dans un étau, du mal à respirer, un sommeil qui ne me repose plus. Une angoisse profonde. Il va me falloir faire toutes les démarches pour la retrouver et attendre encore sans doute deux ans pour qu'elle soit prise en compte, ou pas d'ailleurs.

Je me sens flouée, trompée, humiliée.
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